Propos

Si Merce Cuningham tenait à distance l’émotion, opposant presque une danse de l’intelligence à la dance de l’émotion de la « modern dance », Michèle Dhallu pourrait résumer sa démarche par un précepte contraire, à savoir « le mouvement est émotion ».

En effet, pour elle, la danse est un besoin vital dans la mesure où le mouvement est avant tout essence de vie et mode relationnel instinctif entre les êtres.
« Le mouvement est quelque chose qui parle directement, qui est révélateur et cru. Si on peut cacher par les mots, on ne peut dissimuler par le mouvement. Il y a une sincérité du mouvement qui, par de-là la réflexion, par de-là même le mouvement perçu, révèle, met au-devant, met à nu. »

La puissance de la danse est sa convocation des imaginaires, des singularités de ressentis.

Partant du principe que  la sincérité du mouvement n’appartient qu’à chacun, son écriture s’appuie essentiellement sur l’improvisation et l’observation.
« Il faut savoir emmener les interprètes sur un territoire qui ne leur est pas familier, les faire chercher là où ils n’ont pas l’habitude de trouver. » Dans l’écriture, ce qui lui importe c’est d’aller chercher comment chaque danseur se meut : « chacun a sa façon de traverser la vie, de se déplacer dans ce monde et c’est ce qui le rend riche; de même, sur le plateau, cette foison d’individualités, à l’image d’une vie en société, est enrichissante ».

Pour Michèle Dhallu, un état de corps est quelque chose de précis car un même mouvement se conjugue au pluriel. Son travail de direction artistique consiste à affiner les sensations corporelles que l’on peut avoir dans le mouvement dansé, de le préciser au millimètre « car c’est le millimètre qui fait la différence ».
Et ce, tout en veillant à laisser une grande part de liberté à l’interprète.
« Rapprocher la danse de la vie; c’est préserver cet espace de liberté intérieure; c’est révéler la personnalité de chacun et sa capacité à être en adéquation avec l’instant présent. Ne pas être dans la performance mais dans l’interprétation sensible… C’est ce qui est le plus difficile, être dans l’instant présent et non dans la projection de l’après ou être dans un regret ou une satisfaction de l’avant ».

Aussi, les créations de Michèle Dhallu interrogent chacune la relation à l’autre, au monde, à la vie plus généralement, qu’elle passe par un autre ou l’environnement dans lequel nous nous inscrivons. Comment grandir ? Quelles pages écrire ? Quelles routes prendre ? Comment se comprendre, s’apprivoiser ? Comment se regarder vieillir ?

Les pièces chorégraphiques de Carré Blanc Cie  déclinent la question de savoir comment trouver sa place dans le monde.
« Dans la vie, il faut choisir ce que l’on veut, où on veut être et en même temps tout bouge tout le temps en dehors et en nous. On est tous confrontés au cours d’une vie aux mêmes types d’événements, la solitude, d’intenses colères, de sourdes injustices ou d’extrêmes plaisirs… L’élasticité des êtres est cette capacité à être mobiles, à être malléables, à s’autoriser des oscillations face au fil conducteur que l’on s’est donné, face à nos choix premiers, à toutes nos formes d’idéalisation. Mobilité et inflexibilité sont les deux polarités entre lesquelles il faut trouver sa place, son propre curseur ».

À travers son écriture, en mélangeant les expressions artistiques et en s’adressant à un public co-générationnel, Michèle Dhallu nourrit l’utopie de vouloir briser la solitude.
À la frontière du théâtre visuel, ses créations cherchent à décloisonner langages artistiques et publics pour créer des passerelles, du lien.